Préface
J'ai vécu la prostitution pendant 10 ans et je m'en suis sortie il y a 10 ans. Même si j'ai réussi à être un femme plus ou moins remarquable, je serais à jamais marqué par cette expérience indélébile. À seulement 36 ans, j'ai vécu plus de chose qu'en ont vécu des personnes de 60 ans. Si j'ai enfin décidé d'écrire et de partager mon parcours c'est pour sortir de la honte dans laquelle j'étais enfermée depuis plus de 12 ans. Pourquoi ? Parce que tout simplement j'ai eu peur, parce que j'ai été rejetée, traitée de sale traînée, de dévergondée, de moins que rien, de femme facile et surtout de pute venant de ces gens qui prônent le choix, la liberté, et qui ne remettent rien en cause.
Je suis effondrée par les réactions que j'entends dans le débat d'aujourd'hui. Pourquoi tant de complaisance et de fantasmes quand la réalité est si crue, si violente? La prostitution, je l'ai vécu comme une suite de viols plus ou moins consentant, en me demandant comment tous ces hommes pouvaient défiler les uns des autres sur moi sans se poser de question sans se demander pourquoi.
En effet pas un seul ne s'est inquiété de ma détresse tant que mon corps est à leurs désirs, ils s'en foutaient du reste car pour eux s'ils payent, c'est pour acheter le droit de ne se soucier que d'eux-mêmes.
Pourtant j'étais mineure!
J'avais 15ans quand j'ai fait mon premier avortement, j'étais déglinguée, et pas un n'a manifesté le moindre intérêt pour moi. Je suis une "pute", donc je suis là pour ça se disaient ils sûrement. Mais je dois l'avouer même si j'étais tombée sur un client bienveillant, même si j'étais tombé sur un gars bien, j'aurais menti, comme on le fait toutes d'ailleurs: "je suis majeure, tout va bien, c'est moi qui l'ai choisi ce métier''.
Il faut absolument leur faire croire qu'on aime ça, ne serait-ce que pour tenter de repousser leur violence, qui peut surgir à tout moment.
Les clients aiment bien dire que dans la prostitution, tout est clair il y a pas de dessous mais ce n'est qu'une imposture. Il n'y a que de la tromperie, que du mensonge enfin pas pour tous les prostituées mais pour la majeure partie.
Si je suis arrivée dans la prostitution, à 16 ans, c'est le résultat d'une enfance épouvantable. J'ai fait l'expérience de la violence au delà de ce que l'on peut imaginer.
J'étais entrée dans une logique infernale. J'avais fait la morte dans l'inceste, j'ai continué dans la prostitution, j'ai été quitter par des hommes que j'aimais sincèrement et je me suis fait tromper par des proches qui étaient les dirigeants de ce secte encore appelé le trafic d'humains.
Pour tenter de résister, j'ai sombré dans la drogue. Encore aujourd'hui, penser à l'odeur de ces hommes et propositions choquante qu'ils m'ont fait subir, me donne envie de vomir.
Et mon vécu de prostituée n'a fait que renforcer ma honte d'exister. Pour moi, la honte était partout: honte d'avoir été victime d'inceste, honte d'avoir été prostituée, honte d'avoir été alcoolique, honte quand ils ont découverts qui j'étais vraiment, honte d'avoir était une droguée et surtout honte d'avoir gâché la vie de plusieurs ménages ainsi que celle de plusieurs familles.
Toutefois, je ne m'en suis pas sortie toute seule. Même si je crois avoir été forte, au bout du compte, il m'a fallu des rencontres pour persévérer.
J'ai entamé des psychothérapies, très douloureuses mais qui m'ont aidée à comprendre comment j'avais répété des situations d'échec, comment mon manque d'estime de moi m'avait inconsciemment fait prendre de mauvaises décisions et conduite vers des hommes abuseurs.
Et puis, alors que je ne pouvais même pas regarder un documentaire ou un film sur la prostitution tellement c'était insoutenable, j'ai commencé à avoir envie de témoigner.
Aujourd'hui, je m'engage pour la proposition de loi et pour la pénalisation des clients. Pénaliser les clients, c'est leur faire prendre conscience qu'ils n'ont pas le droit d'imposer leurs exigences à des femmes vulnérables, économiquement, psychologiquement et physiquement.
Les lois sont des gardes fous. Seule une loi pourra protéger les plus faibles, les plus précaires, donc les personnes prostituées. La prostitution n'est pas une fatalité. Notre monde a évolué parce que certains se sont dit un jour que c'était possible: l'apartheid en Afrique du sud, l'abolition de l'esclavage, le prix nobel de Nelson Mandela et bien d'autres choses encore... J'ai toujours en tête cette phrase de Gandhi qui m'aide à avancer: "Vous devez être vous-même, soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde". Alors, que chacun s'y mette. Cette loi va nous y aider en tout cas, moi j'ai bien décidé de sortir du silence pour partager mon histoire.
Je faisais partie d'une famille composé de mes parents biologiques et de 4 enfants dont 2 filles et de 2 garçons. Après mon grand frère, Lamine (16ans), j'étais l'aînée suivante (15ans), suivit de mon frère, Amadou (14ans) et enfin de ma petite sœur Sandra (10ans).
Ma mère était une vendeuse de mangues et mon père était un simple tailleur dont les revenus devenaient chaque jour de plus en plus faible. Malgré mon jeune âge, je pouvais lire sur le visage de mes parents la fatigue constante à cause des multiples activités quotidiennes qu'ils effectuaient pour nous accorder au moins un repas par jour.
Il m'arrivait souvent de rêver que quand je serais grande, je ferais tout pour réussir et nous sortir de cette misère.
Ma famille et moi habitions dans ce que les bourgeois appelent joyeusement un bidonville, à travers les baraques serrées et entassées les unes des autres dépourvues de toute espace nécessaire pour vivre.
Sidiali était un village éloigné et à l'encontre de toute la capitale sénégalaise où nous vivons constamment dans l'embarras la plus totale avec la pauvreté, la famine, l'insécurité, le manque de courants, le manque d'hôpitaux, l'inexistence de l'école, la clandestinité, l'obscurité, le manque de moyens transports, le manque d'eau potable et bien d'autres choses qui font que chaque mois nous voyons des personnes mourir sous nos yeux sans pouvoir accorder notre moindre assistance par faute de moyens.
Notre caractéristique commune était la pauvreté.
Ici, il n'y avait pas de télé, pas de radio, pas de téléphone si ce n'est le petit télécentre qui se trouvait à une dizaine de kilomètres au nord où il y avait tout comme à la capitale mais là-bas seul les villageois-bourges, comme l'appelait si bien ma mère qui y vivaient et il y avait pas de moyen que des personnes comme nous intégrent leur communauté.
Pieds nus, habits mal en point, cheveux en bataille, peaux crasseuses, visage pâle voilà ce à quoi nous ressemblions. Tout ça pour ne pas dire que les villageois de la commune de Sidiali agonisent dans l'indifférence absolue ayant été décréter la commune la plus pauvre du Sénégal, la réalité est encore plus dramatique car sur la carte, le village de Sidiali n'existe tout simplement pas. Normal. Sidiali est un nom de cimetière !
Néanmoins au delà de ces effets négatives qu'est l'insécurité on se réunissait tous sous notre unique manguier avec nos voisins et chaque samedi soir nous avions le coutume de nous rencontrer autour d'un grand feu de bois allumé sur la cour de notre petit village.
On peut alors dire que malgré tout cette vie cauchemardesque, on arrivait quand même à être heureux. On était tous ensemble et ce c'est ce que comptait le plus à à nos yeux.
Comme chaque matin, ma mère nous réveillait ma sœur et moi afin qu'on l'aide à vendre ses mangues en faisant les marchands ambulants chacune de notre côté pendant que les garçons étaient déjà à l'atelier avec Papa.
Pour le bain nous avions droit qu'à un sceau d'eau (que l'on puisait dans notre unique puit situé non loin) pour toute la famille alors ma sœur et moi prenions souvent nos bains ensemble afin qu'il en reste assez pour le retour des garçons et de Papa qui avaient l'habitude de se baigner la nuit. On a jamais vu ce à quoi ressemblait une eau potable parce que notre puit était toujours remplis de sables souvent il y avait de la boue et parfois même l'eau prenait une couleur jaunâtre mais vu que nous étions pauvre et démunie cela nous suffisait largement.
J'avais dans mon sachet en plastique que deux robes et s'en était de même pour ma sœur. Étant donné que c'étaient nos seules habits, on avait pas le privilège de choisir car quand on lavait l'une, il ne nous restait plus que l'autre. On s'habillait alors facilement puis on se curait les dents avant de manger chacune une mangue comme petit déjeuner afin de préparer une bonne journée de travail.
-Sandra ne soit pas trop naïve ! Ne parle à personne tout ce que tu as à faire c'est d'échanger les mangues contre de l'argent. Est-ce que tu m'as bien comprise ? Questionne ma mère à l'encontre de ma sœur.
-Oui maman. J'ai comprise, tu me le répètes chaque jour. Déstresse, il ne m'arrivera rien. Répond celle ci en faisant un coup d'œil.
-Et toi Bella ne fais pas de ta beauté et de ton corps un atout. Comme toujours va juste à la route principale et ne réponds pas aux sifflements des garçons ! S'inquiète ma mère.
-Oui maman ! Je ferais attention !
Ma mère était qualifiée la femme la plus belle dans notre territoire. En effet, c'était une femme avec une forme physique parfaite, généreuse et typique de la grande drianké sénégalaise sans oublier sa grande taille et son teint clair. Malgré son t-shirt et son pagne court, elle était à couper le souffle raison pour laquelle que même étant mariée, elle rencontre encore des personnes qui lui font la cour. Maintes fois des hommes se sont arrêtés devant elle pour lui faire les yeux doux afin de la soudoyer pour qu'elle parte vivre en ville avec eux et qu'ils lui fassent vivre la vie qu'elle mériterait d'avoir.
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-De quoi ? -Je dois à quelqu'un de l'argent ! -Combien Lamine ? -100.000francs. -Quoi ? Mais qu'est ce que tu as bien pu faire de cet argent ? Papa le sait ? -Non ! Personne le sait ici. Dit il en jettant un coup d'œil par dessus son épaule. -Et pourquoi suis je la seule à pouvoir t'aider ? -Parce qu'en échange de ma dette, il veut que tu sois avec lui. -Sois avec lui ? Demandais je sans comprendre. -Oui ! J'espère qu'il n'a pas osé me dire ce genre de propos à moi sa sœur ! -Lamine qu'est ce que tu veux dire par là ? -Il veut....que...tu... couches avec lui. Avoua t'il gêné. -Tu es fou Lamine ? Demandais je en me tenant la poitrine sous le choc qu'il puisse me demander une telle chose. Je vais le dire à maman ! Répondis je en voulant sortir. -Si tu ne le fais pas, il anticipera ma mort ! Ajoute t'il. -Mais qu'à tu bien pu faire de toute cette somme Lamine. Me retournais je avec une larme sur ma joue. -Je ne peux rien te dire. Dit il en baissant la tête. -....Je ne veux pas faire ça, maman me l'a toujours interdite et même toi tu ne voulais pas que je parle aux autres garçons. -Je sais petite sœur mais ce n'est pas du bluff, ça fait longtemps qu'il te voulait et j'ai toujours refusé. Quand il a su pour mes problèmes d'argent, il me l'a aussitôt prêté me disant que je pourrais le payer quand je l'aurais mais ce malheureux avait déjà autre chose en tête. Arrêtes de pleurer ! Dit il en effaçant mes larmes. -Il va vraiment te tuer si tu ne le fais pas ? -Oui mais je vais me débrouiller d'accord, tu n'as pas à t'inquiéter ! -Dis moi ce que tu as fait de cet argent ? Et qui est celui dont tu me parles ? -Je..... -Votre père est rentré ! Nous interrompt ma mère en plein débat. Sans rien ajouter on l'a suivit avant de s'installer à nouveau sur la natte pour manger notre unique repas convenable du jour. -Bella est ce que tu vas bien ? Demande ma mère. -Oui..oui bien-sûr ! Répondis je aussitôt en buvant mon thé. On mangea tous dans le silence en profitant de chaque seconde chaque à prendre une bouchée ou une gorgée. Je peux dire que toute la journée c'était le seul moment où on pouvait énormément remercier Dieu. À la fin de notre premier et dernier déjeuner de la journée, on était enfin libre à s'amuser où à faire ce qu'on veut chacun de notre côté mais notre couvre feu était l'équivalent d'un compte à rebours de 2 heures soit juste avant le crépuscule. Comme chaque soir je n'avais rien à faire, je n'avais pas d'amis toutes les filles du villages ne voulaient pas être amie avec moi, quand j'en ai parlé à ma mère, elle m'a répondu que c'était parce qu'elles étaient tous jalouse de ma beauté et qu'elle aussi avait vécu la même chose. Même jusqu'à aujourd'hui ma mère n'avait toujours pas d'amis ! C'est un atout d'être belle mais il y a des fois où tu le regrettes à la mesure où les autres ne te souhaitent que du mal. Mon père était ressortit de la case pendant que Sandra et Amadou étaient entrain de jouer avec de la paille pour construire un bonhomme à la culture paysanne et villageoise. Sandra avait toujours été proche de Amadou, ils étaient toujours ensemble et je dois admettre que mon petit frère avait un privilége énorme sur elle qui ne mettait jamais à demain ce qu'il lui disait de faire mais heureusement on ne s'inquiétait jamais de ça parce que Amadou n'était pas quelqu'un doté de mauvaise intention bien au contraire, il vouait à sa petite sœur une protection absolue car il avait toujours était content de sécurisé quelqu'un à son tour. Je les regardais contente et fière de voir la grande complicité qu'avait forgé mes cadets. -Amadou ! -Oui Sandra ! Répond ce dernier en continuant sa besogne. -C'est vrai ce que tu as dit tout à l'heure ? Que toi et moi on mangera un jour de la viande ? -Oui, je te le promet même si c'est la dernière chose que je ferais. -D'accord. J'ai hâte ! Sourit elle. Tu sais chez Baba, ils en mangent chaque soir. -Qui te l'a dit ? -Sa fille ! Hier elle m'avait invité pour manger avec eux mais tu m'as dit de ne pas le faire parce que sinon je ferais honte à maman. -C'est vrai Sandra. Tu dois te limiter à ce qu'on a. Les gens comme nous se font souvent rabaisser et tu ne sois pas leur donner cette opportunité là. -Je ne mangerais jamais ce qui n'est pas à moi ! -Et tu n'accepteras jamais aucune invitation à quoi que que ce soit. Tu leur répondras toujours merci. D'accord ? -D'accord ! Répondit elle aussitôt. Puis ils continuérent à fabriquer leur petit bonhomme faîtes uniquement de paille. -Tu crois qu'un jour on vivra ailleurs ? Redemande ma sœur. -Ailleurs ? -Oui dans une maison. -Je ne sais pas ce que c'est une maison. J'en ai juste entendu parler. -Il paraît que c'est une maison fait de ciment et de sable. Et que c'est très solide comparé à nos cases. On dit aussi qu'il y a des chambres, des toilettes et tout autre chose solide que ni la pluie ni le vent ne peut ravagés. -Ah ouais ça doit être jolie ça ! -Je pense aussi. Moi je crois qu'on ne vivra jamais dans une maison. -Moi je crois le contraire ! Ne dis plus ça, d'accord ? -Oui. Un jour on sera tous dans une maison avec Papa, maman, nos aînés et nous deux. Sourit elle. -Et on mangera tous de la viande ! -Oui de la viande ! Je souris en écoutant leur conversation. Comme tous les enfants de notre âge, on a tous des rêves sauf que certains pensent que ce sont des rêves que nous faisons alors que nous ne demandons que ce qui est normal. Nous rêvons de vivre dans une maison et de manger de la viande tandis que d'autres rêves de voyager, d'avoir une entreprise, d'avoir de l'argent pourtant nous, on ne demande que d'être heureux. Je sors de la case et aperçu ma mère assise le banc de sable sous la tente. -Maman est ce que ça va ? Demandais je en m'asseyant par terre sur le sable. -Oui ça va ! Dit elle en cachant son visage. -Tu pleures ? -Non. -Je vois tes larmes. -Je... je..pleure parce que votre père et moi sommes incapable de vous mettre dans de bonnes conditions. Dit elle en séchant ses larmes avec le bout de son pagne. -Et nous on sourit parce qu'on vous voit chaque jour donné ce qu'il y a de meilleur en vous. Dis je en lui prenant la main. Tu sais maman quoi que l'on puisse penser de cette vie, jamais quelqu'un de nous ne s'est dit que tout ça est votre faute. On essaie de voir les choses du bon côté ! -Merci ma fille, je t'aime tellement. Dit elle en me prenant dans ses bras. -Je t'aime aussi maman. -Pourquoi tu restes la ? -Tout comme toi, je n'ai pas d'amie ! Soupirais je en un haussement d'épaule. -La jalousie ici est débordante parce que nous sommes les filles les plus belles du village ! Rigole t'elle. -Toi ça te fait rire mais moi non ! -Ça me fait rire parce qu'elles ont beau nous détester, leurs maris ou frères n'ont d'yeux que pour nous et juste ça c'est une réponse. Je soupire une nouvelle fois ne la comprenant pas et quand je me retournais j'aperçois Lamine entrain de sortir de la case, je cours vers lui. -Où est ce que tu vas ? Demandais je. -Chez Mansour ! Répond t'il. -Pour faire quoi ? -Discuter bien évidemment. -Est ce que je peux venir avec toi ? -Non, tu es folle ? Va tenir compagnie maman c'est mieux. -Lamine s'il te plaît, emmènes moi avec toi. -Bella non ! -Juste pour cette fois. -J'ai dit non. Dit il froidement avant de s'en aller. -LAMINE, EMMÈNES LÀ AVEC TOI ! EN PLUS MANSOUR EST UN GARÇON RESPECTABLE, IL NE LUI FERA RIEN. Lui cria ma mère. -S'il te plaît grand frère, je resterais sage ! -Bon d'accord viens ! Ajoute t'il. -Merci ! Souris je en le suivant. -Tu ne marches pas derrière moi, allé viens à côté c'est mieux. -D'accord Papa ! Dis je cyniquement. Il n'a fallut que de deux minutes pour que l'on atteigne la case de son ami. À notre arrivée, on le trouva assis de dos sur une natte par terre en discutant avec une fille qu'auparavant je n'avais jamais vu ici. Pendant que mon frère et son ami faisait leur salutations, elle me regardait timidement en souriant. C'était une fille très belle avec des fossetes, la façon dont elle était assise me faisait croire qu'elle avait une très belle forme et semblait être de même taille que moi. Sans oublié que son teint clair était similaire au mien. Tout ce qui aurait pu vraiment nous différencier c'est son nez écrasé, ses yeux moyens et ses fossetes. Cependant elle était vraiment superbe. -Bella, viens je te présente Mansour ! Mansour je te présente ma sœur Bella. Dit Lamine au moment où je vis pour la première fois le visage de son ami. Sans mentir, Mansour était la copie de sa sœur en beaucoup plus élancé et en beaucoup plus beau. Il avait les cheveux rasés, tête ovale, gros yeux, sourcils tracés, petite bouche et nez plus ou moins pointu. -Bonsoir Bella, enchanté de te connaître ! Dit il en me tendant la main dans un sourire faisant ressortir ses fossetes. -Enchanté Mansour ! Souris je en empoignant main. -Et voici Sophie, sa sœur ! Ajoute Lamine. Pour me saluer celle ci se leva pour me donner sa main que je saisis avec enchantement. -Asseyez vous ! Nous dit elle. -Bien évidemment c'est chez moi ici hein ! Rigola Lamine en s'asseyant en même temps que moi. Dès que l'on s'asseyit, les garçons se metterent à parler de tout et de rien pendant que moi je n'arrêtais pas de contempler secrètement discrètement Mansour qui contrairement à sa sœur était très bavard momentanément car c'est lui qui tenait le fil de la conversation. Qu'est ce qu'il est beau ! Me dis je. -Oui il est très beau ! Mais fais gaffe hein, il est très souhaité par les filles du village. Répondit elle en murmurant pour pas que les garçons l'entendent. Oh oh ! J'ai dû dire ça en parole sans m'en rendre compte. -Non. Non. C'est pas ce que tu crois ! -Ouais ouais c'est ça ! -C'est la toute première fois que je le vois et je ne suis pas intéressé par les mecs à mon âge ! -Bon d'accord si tu le dis. Tu es vraiment belle ! Sourit elle. -Toi aussi tu es très belle ! Pourquoi je ne t'ai jamais vu ici avant ? -J'étais dans le village voisine où j'habitais avec mon père ! J'ai dû venir ici parce qu'il a obtenu un travail à la capitale. -Ah d'accord. -Il m'a promis de venir me chercher dès qu'il aura quelque chose de stable. Comme ça je pourrais continuer à nouveau mes études. J'aurais quelques mois de retard mais sans plus. -Tu pars donc à l'école ? -Oui, bien sûr que oui. Papi aussi y aller, il a obtenu son bac l'année dernière c'est pourquoi il est revenu ici. Je pense que lui aussi continuera ses études quand papa nous appelera mais rien n'est encore sûr. -Comment ça se passe l'école ? -Tu n'y vas pas ? -Non. -Et ton frère ? -Non plus. -Mais pourquoi ? -Tu as oublié dans quel village tu te trouves ou quoi ? -Ah oui c'est vrai. Désolé. J'avais carrément oublié, je viens juste de venir cette semaine. -C'est pas grave ! Alors tu me racontes ? -Oui, bon d'accord disons qu'il y a des bancs disposés horizontalement et verticalement puis il y a devant chaque banc un table similaire à tous les autres. Et aussi un grand tableau accroché au mur où le maître peut écrire et nous expliquait. -Le maître ? -Celui qui nous apprend à écrire et à lire. -Tu as de la chance toi ! -Oui c'est pourquoi je fais tout pour réussir. -J'aurais voulu que mon petit frère et ma petite sœur aient cette grande opportunité. -Tu as des cadets ? -Oui. Et toi ? -Non. Il y a que mon grand frère et moi. -D'accord. -Tu n'as aucune amie qui va à l'école ? -J'ai pas d'amie. -Laisse moi deviner. Tu n'as pas d'amis parce qu'elles sont tous jalouse ? -Comment tu sais ? -Parce que moi aussi je n'en ai pas ici. Elles me regardent toute de travers mais j'avoue quand même qu'à côté de toi, je suis rien ! Sourit elle. Tu es magnifique vraiment ! -Arrêtes de dire des bêtises, je ne suis pas plus belle que toi sinon tu aurais des amis. Rigolais je. Si elles te détestent autant c'est évidemment parce qu'on est sur la même longueur d'onde aux yeux des mecs. -Parce que toi aussi les mecs d'ici te suivent comme ton ombre ? -Oui. Ils ne se reposent jamais ! Soupirais je. -Tu es vraiment ma jumelle toi. Dit elle en me faisant un câlin. -Est ce que je suis ton amie alors ? -Même si on vient de se connaître, je te considère déjà comme ma jumelle. Regarde on est presque identique. -Ouais presque ! Souris je à mon tour. -Bella viens on rentre, il va bientôt faire nuit ! Dit Lamine debout. -D'accord ! Répondis je en me levant en même temps que Sophie. J'avais raison ! Elle était superbe ! On avait la même taille imposante, la même carrure, physiquement on était similaire. Je comprends enfin pourquoi les filles sont jalouse et pourquoi les mecs me désire autant. -Au revoir Mansour ! Au revoir Jumelle. Souris je contente de l'avoir rencontrer. -Waouw vous vous êtes déjà liés. C'est super ! Réplique mon frère en me tenant l'épaule pour me regarder dans les yeux. -Oui c'est super. Tu te rend comptes j'ai enfin une amie. -Jumelle ! Renchérit Sophie faisant éclater de rire nos frères. -Euh oui jumelle. Dis je en me grattant la nuque. -Allez on y va ! Au-revoir ! -Au revoir ! Disent Mansour et sa sœur ensemble. Je quittais leur espace avec un très grand sourire. -SOPHIE ! Criais je en me retournant. -OUI ! Hurla t'elle à son tour. -EST CE QUE TU SERAS À LA VEILLÉE CE SOIR ? -BIEN SÛR QUE OUI MA JUMELLE. ON VA ENFLAMMER LE CŒUR DES AUTRES FILLES. Rigole t'elle. -À TOUT À L'HEURE ALORS. -D'ACCORD ! Ce soir là enfin j'avais rencontré ce que je n'ai jamais eu. Il me serait difficile d'expliquer à ma mère que j'avais une sœur qui n'était pas d'elle.
Ça doit faire maintenant plus de deux mois que Sophie avait intégré ma vie. Depuis ce fameux jour où je l'avais rencontrée, on est devenue inséparable et ça nous amusait de voir les autres filles bouillir de jalousie par tant de beauté coopérer. Je lui ai raconté tout de ma monotonie et elle, de son côté m'a confié sa vie pleine de rebondissements. Par cette occasion j'ai appris qu'elle avait perdu sa mère dès sa naissance c'est pourquoi son frère et elle ne vivait qu'avec leur père qui faisait tout pour qu'ils ne manquent de rien. Ils habitaient donc passagèrement ici avec une amie de leur mère le temps que son père viennent les chercher.
Cependant c'est pas parce qu'ils habitaient à Sidiali qu'ils étaient comme nous bien au contraire, ils restaient toujours des villageois-bourges car ils ne manquaient de rien étant donné que leur père les envoyait chaque semaine de l'argent. Malgré tout ceci elle se réveillait tôt chaque matin pour nous aider à vendre nos mangues tandis que son frère aidait les garçons à l'atelier. Vu que sa tante n'y voyait aucun inconvénient, nous avons finit par être soudés.
Je n'étais pas la seule gagnante de cet union, je peux donc finalement dire que je suis parvenue à expliquer que j'avais une jumelle qui n'est pas de ma mère.
-Sophie tu n'es pas obligé de faire ça ! Dis je en la voyant crier à en perdre souffle pour vendre les restes des mangues.
-Bella laisse moi tranquille tu veux. Dit elle en traversant la route pour vendre à une voiture qui s'était arrêté.
Aujourd'hui il faisait tellement chaud que le sable était brûlant, la route encore plus donc j'avais de la peine pour rester sur place.
-La fille magnifique du village n'a même pas de sandale pour se protéger du sable brûlant ! Rigole malicieusement une jeune fille.
-Regarde là, elle a beau être belle. Au fond elle n'est rien ! S'exclame une autre puis tous les deux ils s'en vont sans oublier de me toiser du regard.
-Qu'est ce qu'elles voulaient ? Demande Sophie en revenant.
-Qui ça ? Elles ? Comme d'habitude elles ne parlent que pour ne rien dire ! On y va maintenant ?
-Non, il nous reste deux mangues à vendre !
-Tu t'imagines si ton père te voyais en vendeuse !
-Ma mère a vécu ici avant de connaître mon père. Il ne me dira rien car c'est quelqu'un de loyal. Au contraire il serait fier de me voir vous aider.
-Hum d'accord bon on rentre !
-Non.
-S'il te plaît Sophie. J'en peux plus.
-Qu'est ce qu'il y a ? Tu as presque les larmes aux yeux.
-Rien. Dis je en sautillant pour la première depuis qu'elle est là.
-Tes pieds ! S'exclame t'elle comme si elle avait trouvé une idée.
Elle se baisse pour toucher le sable avec sa main avant de remuer ses doigts.
-Aie ! S'écrie t'elle. Oh merde ! Je suis désolée Bella, j'en savais rien. Tiens ! Dit elle en enlevant ses sandales.
-Non non ! Je ne ferais pas ça. Viens juste que l'on rentre.
-Bella porte ces chaussures, c'est dommage parce que ce sont les seules que j'ai amené parce qu'on est venu ici à la va vite donc j'ai pas eu le temps de ramener mes bagages mais je dirais à Papa de m'en envoyer pour ta famille et toi. Pendant ce temps là, prend les miens et on le portera à tour de rôle. Quand tes pieds se seront refroidis tu me les redonneras ensuite je ferais de même et ainsi de suite. D'accord.
J'étais tellement étonnée par tant de générosité que malgré moi une pluie de larme perla mes joues.
-Il ne faut pas ! Tu es ma jumelle ! Prononce t'elle en effaçant mes larmes.
-Qu'est ce que je ferais sans toi ? Demandais je la voix tremblante.
-La même chose mais sans moi ! Arrêtes de pleurer tu es trop belle pour ça ! Dit elle.
-Sophie depuis que tu es là je........
Elle me prit dans ses bras pour me faire taire et mes larmes continuèrent à ruisseler.
-Arrêtes maintenant ! Tu vas me faire pleurer aussi. Ajoute t'elle en séchant mon visage larmoyant. Maintenant porte les chaussures. Et attends moi que j'aille vendre ces 2 mangues. Regarde, on à déjà gagné 3800f, ta maman sera fière de toi.
-De nous ! Complétais je.
Elle me sourit avant de s'en aller avant de revenir enfin les mains vides.
-Tiens ! Dit elle en me tendant l'argent.
-Merci. Allez on échange ! Dis je en lui donnant les sandales.
-Merci. ! Sourit elle en les portant à nouveau. On rentre maintenant.
-Oui. Allons y. Répondis je.
-Tu sais Bella, tu crois être la seule à gagner dans notre amitié mais c'est faux. Dit Sophie pour briser le silence.
-Comment ça ? Demandais je.
-Avant de vous connaître, je ne savais pas ce à quoi ressemblait une famille soudée car mon père passe tellement de temps à travailler pour gagner de l'argent qu'au final il n'a presque pas de temps pour rester avec nous sans oublier que je n'ai aucun souvenir de ma mère. Tout ce que j'avais eu droit c'était d'avoir un frère et je ne le regrette pas. Il joue le rôle de tout pour moi et c'est pourquoi je l'aime comme une folle.
-Oui mais quel est le rapport avec moi ?
-Grâce à vous non seulement je sais ce que c'est d'être une famille mais mon frère et moi en font partis. Même si je sais que ça ne va pas durer, ça sera la période la plus belle de toute ma vie. Je le sais.
-Arrêtes de me parler de ton départ à la capitale. Dis je en voulant oublier ce grand événement qui allait venir.
-Tu sais que tu devras t'y préparer. Mon père est quelqu'un de très imprévisible. Il peut venir à n'importe quel moment Bella.
-N'est ce pas que tu viendras me rendre visite ?
-Bien sûr que oui. Je ne sais pas ce qui m'attend là-bas mais je sais que même une éternité ne suffira pas pour qu'une autre fille prenne la place que tu as prise toi en seulement quelques minutes. Ajoute t'elle en baissant la tête.
-Qu'est ce...que..tu.pourquoi tu pleures Sophie ?
-Parce que Papa a appelé ma tante ce matin.
-Quoi ? Mais pourquoi ? Vous allez partir ?
-Oui. Dit elle difficilement.
-Quand est ce que ?
-Demain soir. Répond elle en séchant ses larmes.
Je n'ai rien pu faire si ce n'est de laisser mes larmes coulaient. Elle s'arrêta à un moment pour enlever les chaussures que je portais aussitôt ayant les pieds brûlants et on continua notre chemin en silence jusqu'à la maison.
Avant d'entrer la case, j'efface mes larmes afin de m'y engouffrer.
-Les filles vous avez durer aujourd'hui ! Dit ma mère.
-Tata c'est parce qu'au moment de vendre les mangues, j'ai du rentrer car ma tante m'appelait et je n'ai pu venir que maintenant. On vient tout juste de se croiser ! Répond Sophie.
-Alors tu as du vendre les 2 paniers ? Me demande ma mère.
-Euh...
-Oui. Elle les a tous vendu ! Tata, ta fille est très courageuse.
Ma mère me prit dans ses bras.
-Tu fais ma fierté dans cette famille ! Sourit elle.
-Merci maman. Dis je toujours dans ses bras.
Sophie me fit un clin d'œil avant de sortir. Lorsque ma maman me lacha je lui donne l'argent avant de rattraper Sophie.
-Sophie !
-Oui ?
-Tiens ! Dis je en lui donnant des sandales.
-Merci ! Je l'avais oublié.
-Sophie pourquoi tu pleures ?
-Parce que j'aurais tout donner pour être dans les bras de ma mère mais que je ne l'ai pas alors profite de ta chance.
Je la regardais partir avant d'aller dans ma case. Toute la soirée je n'avais pas le morale et je me suis couché avec le cœur gros.
Comme je n'avais pas un sommeil léger, j'ai pu sentir quand Lamine qui était juste couché à côté de moi se levait docilement. J'ouvre un oeil pour voir si ce que je pensais était vrai et ce fut l'affirmatif. Il s'était bel et bien levé, j'allais me lever à mon tour afin de le suivre lorsque je le vis entrer pour prendre quelque chose et il ressortit aussitôt. Pour ne pas me faire prendre, j'attendis qu'il s'éloigne un peu avant de le suivre.
Je ne sais pas ce qu'il peut bien faire en pleine nuit mais je comptais le savoir.
Je zigzaguais de part et d'autre pour pas qu'il me chope en pleine mission.
Il prenait la route du nord en se retournant de temps à autre sans vraiment sentir ma présence parce déjà j'étais loin mais aussi parce qu'il faisait très noir.
Il s'arrêta enfin après quelques minutes de marche et je me cache brusquement derrière le grand buisson quand il se retourna.
-Finalement tu es venu ! Dit un inconnu.
-Évidemment j'allais pas fuir ! Je suis pas un lâche tout comme toi ! Dit sèchement la voix de mon frère.
-Qu'est ce que tu veux dire par là ? Rigole l'inconnu.
-Que je ne m'intéresse pas à une fille qui a la même âge que la mienne.
-Ce n'est pas ma faute si ta sœur est si bonne que je la désire.
-C'est bizarre ! J'aurais juré que ta fille est presque aussi jolie qu'elle.
-Presque ! Relève l'inconnu.
-Ils ne savent pas que tu es déjà stable à la capitale !
-Qu'est ce que ça peut te faire !
-Rien si ce n'est que tu retardes le processus scolaire de tes enfants.
-Ce n'est pas un analphabète qui doit me dire ça ! Annonce l'inconnu.
-Je te faisais confiance Allane ! Je n'avais jamais cru que le père de ......
-Tu me parleras de père lorsque le tien sera exemplaire.
-Il n'est certes pas le bon père que j'avais cru mais ça ne change rien au fait qu'il se bat pour nous.
-On en reparlera pour voir si il se battra toujours pour vous.
-Qu'est ce que tu veux dire par là ? Questionne mon frère.
-Mon argent ! Change l'inconnu de sujet.
-Je ne l'ai pas !
-Tu commences vraiment à te foutre de ma gueule Lamine et ça c'est que je voulais. Ça fait déjà 2 mois que je te cours après et ça suffit largement pour mettre ma menace à exécution.
-Je te demande juste une semaine et j'aurais cette argent. Une semaine.
-Encore une semaine ? Jamais.
-J'ai déjà 50.000f tenez les voici.
-Ah vu que tu te débrouilles déjà bien, je te donne 24 heures.
-24heures ? Je ne peux rien faire en 24 heures.
-Je ne toucherais pas cet argent tant qu'il ne sera pas complet.
Je levais ma tête légèrement pour voir qui pourrait être cet inconnu. Je ne pouvais pas le voir complètement mais je pouvais voir que c'est un homme habillé en tenue traditionnelle très costaud et sans plus. Je me retournais du côté droit et aperçu une voiture avec une portière ouvert, j'en juge alors que la voiture lui appartenait.
5643 ! Me répétais je intérieurement pour mémoriser le matricule de la voiture qui avait était éclairé par les phares antibrouillard.
J'avais appris à lire mais seulement les chiffres. Je ne pouvais pas lire les lettres. J'ai appris ça par le biais d'un gentil voisin qui malheureusement est décédé avant que l'on ne puisse en arriver à l'alphabet.
Je savais que ça ne servait à rien ce que je faisais parce que je suis carrément incapable de reconnaître cet homme et cette voiture dont je viens de mémoriser le matricule je ne le reverais certainement plus jamais.
-Bon ok ! Mais une chose que tu ne dois pas oublier, tu as aussi une fille aussi bonne que ma sœur ! Dit la voix de mon frère.
-Tu ne la touches pas !
-Tant que tu ne touches pas ma sœur, on est quitte !
-Ok ! Soupire l'homme. Nous sommes d'accord dans ce cas.
Sachant que la discussion était sur le point de toucher à sa fin, je me déplaçais doucement du buisson où j'étais cachée pour m'éloigner longuement. Jugeant que j'étais déjà loin d'eux, je me mis à courir en direction de notre case avant de me coucher en vitesse à ma place initiale.
Quelques minutes plus tard je l'entendis à nouveau soupirer longuement avant de se coucher devant moi. Il ne lui a fallut que de quelques minutes pour que je l'entendis ronfler.
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