QUI M'A TUÉ ?
Chapitre 1

QUI M’A TUÉE? Épisode 1. << Ma maman avait coutume de me dire qu'une âme bienveillante ne saurait manquer de rien. Elle me répétait que si je souhaitais devenir une femme remarquable dans le futur, je devais accomplir chaque tâche avec minutie et y insuffler tout mon amour. Mais elle insistait particulièrement, et je me souviens encore comme si c'était hier, sur le fait que je devrais me méfier de mes fréquentations. À chaque fois, je lui rétorquais que je n'avais que peu d'amis et que ceux-ci étaient sincères. Oh, ma chère maman, avait-je seulement conscience que tes yeux percevaient au-delà de mon horizon. Je te vois devant moi, mais aujourd'hui je ne peux te toucher. Je contemple tes larmes qui s'échappent, impuissante à les effacer. Qu'est-il donc arrivé ? Où suis-je ?>> Nous sommes le vendredi 12 Mai 2009, et je me réveille brusquement perturbée par les échos tumultueux qui émanent de la maison de mon père. Mais pourquoi tout ce tumulte ? Me questionnai-je dans un tourbillon de perplexité. Je jette un coup d'œil à ma montre et constate l'immobilité des aiguilles, suspendues dans le temps. Quelle heure est-t-il donc? Pourquoi cette foule s'est-il rassemblée en notre demeure? Je m'approche vers un jeune homme, sa silhouette se dressant près d'un mètre quatre-vingts, son visage orné d'une barbe soignée, vêtu d'un manteau d'ébène qui semble absorber la lumière, et son regard persiste à me fixer d'une distance respectueuse. -Bonsoir monsieur. -Bonjour ma belle. Répondit-il d'une voix envoûtante. -Pouvez-vous me renseigner sur l'heure qu'il est, s'il vous plaît ? -IL est exactement une heure et quart. Répondit-il. Une heure et quart ? Murmurais-je, surprise de voir autant de monde qui régnait dans la cour de mon père à une heure aussi tardive. Je remerciai le jeune homme avec courtoisie avant de m'éloigner. Mes yeux se posèrent sur la scène qui se déployait devant moi : une symphonie de musique, une multitude d'hommes et de femmes du quartier, des visages familiers et inconnus qui envahissaient notre demeure. Mais que se tramait-t-il ? Il y avait tellement du monde que je pensai avoir du mal à me frayer un chemin, jusqu'à ce que je réalise que je passais à travers eux. Une étrange sensation de légèreté m'envahit. Que se passait-t-il donc? M'écriai-je. Et où était ma mère ? Je me mis à la chercher frénétiquement au milieu de cette foule tumultueuse. Ah! La voilà. Je me hâtai de m'approcher d’elle. « Maman, pourquoi y a-t-il tant de monde à la maison ? » demandai-je d'une voix empreinte d'inquiétude. Mais elle semblait indifférente à ma question. Je remarquai alors que des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues. Mais maman, pourquoi pleures-tu ? Répétai-je, tendant la main pour la toucher. Mais à ma grande stupeur, ma main traversa son corps. Elle ne pouvait pas me voir. Je me posai encore et encore la question de savoir ce qui m'était arrivée. Pourquoi étais-je incapable de toucher ma mère ? Pourquoi était-elle aveugle à ma présence ? Les interrogations se bousculaient dans mon esprit tourmenté. Je me tournai vers les autres personnes qui nous entouraient et constatai une atmosphère remplies de tristesse. J'essayai d'aborder les premières personnes qui se trouvaient à ma portée, mais nul ne pouvait me voir, m’entendre ou me ressentir. C'est à ce moment-là que me revins en mémoire le jeune homme qui m'avait donné l'heure un peu plus tôt. Comment pouvait-t-il me voir alors que les autres semblaient m'ignorer ? Me questionnai-je. Je m'empressai de le retrouver et l'aperçus dans la même position, savourant les belles musiques religieuse qui émanait des baffles. -Re-bonsoir monsieur -Bonsoir ma belle. Répondit-il avec un sourire énigmatique. -Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous êtes le seul à me voir ? Personne ici ne semble capable de percevoir ma présence, alors que je les vois tous et les attends. Je n'arrive pas non plus à les toucher. Que se passe-t-il ? -Pourquoi me posez-vous cette question ? Demanda-t-il d'une voix envoûtante. -Parce que vous êtes le seul à me voir. Rétorqua-je, scrutant ses yeux perçants. -N'as-tu pas remarqué où tu gisais il y a un instant ? Demanda-t-il, énigmatique. Je jetai un regard à l'endroit où je m'étais réveillée il y a un instant et fus stupéfaite de constater qu'il s'agissait d'un cercueil. «Un cercueil ? » M'écriai-je, effarée. -Oui. Répondit le jeune homme d'une voix calme, semblant connaître les secrets les plus sombres. -Mais je suis en train de rêver! N'est-ce pas ? M'exclamai-je, espérant que ce cauchemar prenne fin -Tu ne rêves pas, ma belle. Tu es bel et bien morte. -Morte ? Mais quand ? Où ? Mais qui m'a tuée?

Chapitre 2

QUI M’A TUÉE? #Épisode 2. « C'est étrange, je me réveille brusquement d'un sommeil comme tous les matins, mais cette fois-ci, je réalise que j'étais allongée dans un cercueil, une foule immense dans la concession de mon père, et en plus d'être invisible, ma maman ne cesse de pleurer. Vous savez ce qui est pire ? Ce qui me fait le plus peur ? C'est qu'il n'y a qu'un seul homme très bizarre qui peut me voir. Que se passe-t-il à la fin ? La confusion et la peur m'envahissent : Suis-je réellement morte ? Mais qui m'a tuée ? » Je me pose des tas de question auxquelles je n'ai pas de réponse. Alors c'est peut-être vrai, je suis morte! Sinon, comment expliquer toute cette illusion ? La seule personne qui peut me répondre est le jeune homme placé devant moi. - Pouvez-vous m'aider s'il vous plaît ? Je lui demande, espérant qu'il puisse éclairer ma situation. - Bien sûr, je t'attendais. Répond-il calmement. Un frisson me parcourt l'échine. Pourquoi m'attendais-t-il? Qui est-il vraiment ? Son visage m'est totalement inconnu, contrairement aux autres visages familiers de la foule. - Comment vous appelez-vous? Je demande. - Astaroth est mon nom. Enchanté, Ida. Répond-il en me tendant la main. Je reste perplexe. Comment connait-il mon nom? - Est-ce qu'on se connaît ? demandé-je tout en laissant sa main pendante dans les airs. Astaroth ramène sa main lentement, gardant son sourire majestueux, et répond d'une voix calme et sereine : - Tu es un esprit depuis un certain temps Ida. Je te connais très bien même avant que tu ne perdes ton humanité, bien que toi, tu ne me connaisses pas. Une vague de terreur m'envahit. Je veux pleurer pour exprimer ma confusion, mais mes yeux restent secs. C'est à cet instant précis que j'accepte la réalité implacable. Je suis bien morte. Je contemple strictement mon entourage qui était tous là pour mes obsèques et lâche un grand soupir, puis plonge mon regard dans celui d'Astaroth, qui ne cesse de fredonner des mélodies religieuses qui jouent incessamment. - Alors, toi aussi, tu es mort ? Je murmure, cherchant désespérément des réponses. Astaroth secoue la tête tout en souriant : - Non, je ne suis pas encore mort. Répond-il calmement. Je suis déconcertée par sa réponse. - Comment est-ce possible ? Demandé-je. - J'étais un ange avant d'être déchu il y a plusieurs milliers d'années. - Tu es sérieux là? M'exclamé-je. - Oui. Répond Astaroth d'une voix confiante. Je reste ébahi, ne sachant pas quoi faire. J'observe attentivement cet homme énigmatique, de son crâne rasé à son visage barbu soigné, en passant par son manteau sombre qui dissimule des tatouages mystérieux et une botte ornée d'épines argentées. Je suis intriguée, mais aussi méfiante. Ce qui m'inquiète dans ses propos précédents, c'est qu'il a dit être un ange déchu. Cela voudrait-il dire qu'il est un démon ? Et si c'est le cas, pourquoi a-t-il dit qu'il m'attendait ? N'étais-je pas une bonne personne de mon vivant ? N'ai-je pas aidée les personnes en détresse? N'ai-je pas honorée mes parents ? N'ai-je pas suffisamment cru en Dieu, surtout étant enfant de chœur? Je me rappelle même qu'à la fin de chaque année, j'organisais une cagnotte pour venir en aide aux orphelins et pour la construction des églises. Et pourquoi est-ce que je vois devant moi un homme vêtu de noir au lieu d'un homme vêtu de blanc ? Autant de questions circulent dans ma tête à cet instant. - Pourquoi est-ce que vous m'attendiez? Lui demandé-je. Espérant qu'il puisse éclairer ma perplexité tout en souhaitant que sa réponse dissipera mes inquiétudes. Astaroth fixe ses yeux profonds dans les miens et répond: - Tu connais déjà la réponse, Ida. Rétorque-t-il comme si de rien n'était. Ma panique grandit. Je veux qu'il me le dise, qu'il confirme mes craintes les plus profondes. - Dis-le moi, s'il te plaît. Murmurai-je, ma voix tremblante. Astaroth me fixe d'un regard perçant, pénétrant mon âme sans détours. Les larmes, refoulées en moi, semblent n'être qu'une mince façade face à sa perspicacité. D'un geste inattendu empreint de solennité, Il pose délicatement sa main gauche sur mon épaule droite, et d'un ton calme et posé, il répond : «Je suis Astaroth, le gardien des portails de l'enfer. C'est à moi qu'il incombe de te ramener là ou ton esprit doit être, alors je t'accorde quelques instants pour dire au revoir à ceux qui t' entourent. Après cela, nous partirons ». C'est la première fois depuis nos précédents échanges que je perçois chez Astaroth une sincérité et une gravité dénuées de tout sarcasme. Même en ayant perdue mon humanité, je sais toujours qu'il existe deux chemins après la mort : le chemin des ténèbres et le chemin divin. Je ressens une déception et une lassitude qui imprègne mon esprit. Mais où ai-je failli, Seigneur ? Me questionnai-je, cherchant désespérément des réponses. Mon regard se pose une fois de plus sur ma mère, qui cette fois-ci se lève de son modeste tabouret en bambou pour s'approcher de mon corps allongé dans ce grand coffre fait de bois rouge. Lorsqu'elle se trouve devant mon corps, de nouvelles larmes inondent son visage tourmenté, avant d'être apaisée par mes oncles, soucieux de la réconforter. Elle parle sans cesse à mon corps, prononçant de nombreuses paroles remplies de colère qui résonnent en moi, m'envahissent d'une puissante émotion. Parmi elles, une phrase résonne particulièrement et laisse échappée une larme à mon corps sans vie : « je sais qu'ils t'ont ôté la vie! Toi, si jeune, si pleine d'avenir radieux, ma petite fille, mon petit ange, le seul fruit de mes entrailles. Poursuis ces individus ! Ne les laisse pas impunis ! » Submergée par le chagrin, elle laisse échapper un flot de sanglots, avant d'être ramenée à l'intérieur par mon père qui surgit de nulle part. Alors, c'est vrai ? Je ne suis pas morte d'une mort naturelle. Pourquoi ai-je perdu tout souvenir de cette tragédie ? Qui a bien pu me ravir la vie ? Qui m'a tuée ? « C'est triste, vraiment triste, de constater que certains ne sont là que pour manger et boire, feignant de compatir à ma perte de vie » Je ne pouvais pas partir ainsi. Je voulais au moins assister à l'entrée de mon corps dans sa dernière demeure avant de m'en aller. J'ai donc suppliée Astaroth de me donner toute la journée de ce dimanche pour pouvoir assister à mes propres funérailles. Il a accepté sans hésitation. Nous sommes donc restés là, observant toute la cérémonie spectaculaire jusqu'à l'arrivée du prêtre revêtu de sa grande soutane blanche, à 14 heures. Tout le monde a repris sa place respective et le silence s'est installé. Les musiques religieuses diffusées par le DJ depuis hier se sont estompées. Le prêtre devait bénir mon corps avant de le passer à mes oncles pour les rites traditionnels. Il a prêché quelques paroles d'évangile, entonné quelques chants de louange, et procédé à la collecte des offrandes. À la fin, il a supplié Dieu de bénir mon âme et de m'accueillir dans son royaume. À un moment donné, j'ai cru qu'il allait me voir. Après-tout, n'est-il pas un homme de Dieu ? Si seulement il pouvait savoir que j'étais là, devant lui, accompagnée d'un démon, il aurait peut-être eu pitié de mon âme égarée. Une fois qu'il eut terminé de bénir mon corps, il a ordonné à ses disciples d'amasser les offrandes collectés et les diffèrents paquets de cadeaux offerts par ma famille en guise de reconnaissance, puis il est parti rapidement. Ainsi, mon pauvre corps a été remis à mes oncles pour qu'ils accomplissent les rites traditionnels appelés dans mon village le « Nko». Le Nko est un ensemble de rituels pratiqués lorsqu'on pense que quelqu'un n'est pas mort d'une mort naturelle. Ces rituels étaient exécutés par une seule personne : Tchounkoua. Tchounkoua était un Vieil homme octogénaire. Toujours vêtu d'un pagne vert attaché autour de sa maigre taille, il marchait à l'aide d'un bâton taillé des branches des arbres les plus solides de la forêt. Personne ne connaissait son lieu de résidence, mais nous savions tous qu'il fallait déposer une pièce de cent francs CFA et un coq blanc en plein cœur de la forêt du village pour l'invoquer. Il fallait ensuite expliquer ce que l'on attendait de lui, puis repartir sans se retourner. Il était le meilleur parmi une multitude de marabouts que comptait le village, mais on faisait appel à lui seulement dans les situations les plus graves. Sa particularité était sa capacité à communiquer avec les esprits pour répondre à des mystères particuliers. Mais qui avait fait appel à Tchounkoua ? Certainement mon père, car ma mère, fervente chrétienne, n'appréciait guère les pratiques traditionnelles. Mon cher père était-il lui aussi perturbé par ma mort prématurée ? Il est vrai qu'il a toujours été moins tendre avec moi que ma mère. Mais j'ai arrêtée de me plaindre lorsque j'ai réalisée que les parents de mes amies étaient bien pires. Mon père ne voulait que mon bien. Après tout, quel parent souhaiterait du mal à son enfant ? Tchounkoua s'est approché de mon corps, a posé délicatement sa main sur le cercueil et entama une série d'incantations. Je pouvais ressentir qu'il faisait appel à mon esprit, car cela résonnait au plus profond de mon âme. Mon regard se fixa sur Astaroth. - Voudrais-tu-lui répondre ? Me demanda-t-il. - Oui! Répondis-je avec enthousiasme. Une sorte de porte s'est dessinée devant moi et j'y suis entrée. Maintenant, ils étaient deux à pouvoir me voir. Tchounkoua pouvait me discerner, mais il ne pouvait pas voir Astaroth. malgré toute sa puissance. Il me fixa droit dans les yeux et s'exprima: - Ma fille, je ne t'ai pas invoquée pour te nuire, ni pour te défier. Mes mains sont propres. J'ai été mandaté par ta pauvre mère pour que tu puisses me révéler le nom de l'individu qui ta ôté la vie. Ainsi, une fois cela accompli, tu pourras enfin trouver la paix dans l'au- dela. Donc, c'était ma mère et non mon père. Ma mère était-elle à ce point désespérée ? Une douleur immense envahit de nouveau mon esprit. Mes yeux se portèrent sur les quelques personnes présentes, celles qui avaient été autorisées à assister à ce spectacle funeste, et parmi elles se trouvait ma mère, assise au premier rang. Tous entendaient les paroles de Tchounkoua, mais nul ne pouvait voir avec qui il s'entretenait. - Je ne sais pas qui m'a tuée. Répondis-je. - Comment cela est-il possible? Demanda Tchounkoua, visiblement surpris. Je m'efforçai alors de lui expliquer que malgré mes multiples efforts incessants, je ne parvenais plus à me rappeler. Je lui demandai également de transmettre à ma mère un message d'espoir, de lui dire d'essuyer ses larmes, car la personne responsable de mon trépas serait démasqué. Je souhaitais ardemment qu'il fasse part à mes parents de tout mon amour et de mes regrets, au cas où j'aurais pu blesser d'une manière ou d'une autre. Cependant, Astaroth coupa soudainement les liens qui nous reliaient, interrompant notre échange. - Il est temps de partir, Ida. Déclara-t-il d'un ton empreint d'inquiétude Ainsi, c'était la fin. Mes adieux étaient prononcés. Je m'en allais sans avoir pu dire à mes proches combiens je les aimais. Une fois de plus, Je les observai attentivement, et en particulier ma mère, qui se trouvait dans un état d'inconsolabilité après que Tchounkoua eut partagé avec eux les détails de notre conversation. Elle répétait inlassablement : « Retrouve-les ». Mais comment pouvais-je les retrouver ? Alors, en m'éloignant lentement, emplie de tristesse, je pris une autre direction, accompagnée d'Astaroth. Nous marchâmes pendant une longue distance, nous éloignant progressivement de la concession de mon père. Puis, de son manteau, Astaroth sortit majestueusement une imposante trompette et souffla de toutes ses forces, invoquant ainsi un gigantesque dragon noir aux yeux rougeoyants et à l'aspect effroyable, qui sillonnait les cieux. Le dragon se posa immédiatement sur le sol, et nous nous hissâmes sur son dos écailleux. Astaroth chevauchait le dragon avec une telle vélocité que, en un clin d'œil, nous nous trouvâmes propulsés dans une dimension glaciale. Sur ordre d'Astaroth, le dragon nous déposa délicatement avant de s'éloigner. Je marchais aux côtés d'Astaroth sans poser la moindre question, m'attendant à être entourée de flammes dévorantes et de sombres créatures, Cependant, cet endroit était étonnamment ordinaire, avec une étroite route pavée soigneusement entretenue. Le paysage était recouvert d'un manteau de neige étincelante, et l'air était empreint d'une atmosphère à la fois calme et mystérieuse. C'est alors qu'un homme apparut subitement devant nous. Il était deux fois plus grand qu'Astaroth, ses ailes blanches majestueuses déployées dans toute sa splendeur. Sa présence dégageait une aura céleste, et il était vêtu d'une robe d'un blanc éclatant. Un lieur d'espoir se présentait à mon âme. Peut-être que Dieu avait entendu les prières du prêtre. Etait-t-il là pour moi ? Astaroth qui avait marché devant moi jusqu'à présent, s'arrêta et se retourna, plongeant ses yeux sombres dans les miens, tandis qu'il prit la parole d'une voix grave et profonde. - Nous sommes arrivés, Ida. Dit-il. Je le regardai, intriguée et un peu effrayée. Quel choix devais-je faire ? Était-il possible que ce démon me laisse le libre arbitre ? Astaroth plongea son regard brûlant dans le mien et continua: «Je t'ai dit que je suis Astaroth, gardien des portails de l'enfer. Malheureusement, tu possèdes une âme d'une grande pureté, et je ne peux poursuivre notre périple sans ton consentement. Lorsqu'une personne meurt dans des circonstances anormales, il est de mon devoir de l'amener ici afin qu'elle puisse choisir entre le chemin du repos ou celui de la vengeance ». Il fixa ensuite l’autre étrange homme. « Lui, c'est l'angeGabriel. Il sera ton guide vers les cieux, où tu pourras trouver la paix et la sérénité. Mais sache que si tu t'envoles avec lui, tu seras privée de la connaissance de ton assassinat. En revanche, si tu acceptes de me suivre, nous pourrons ensemble découvrir l'identité de ton meurtrier. Mais une fois cette quête accomplie, nous plongerons sans détours dans les ténèbres. Tu n'as que quelques précieuses minutes pour prendre ta décision ». Astaroth déclencha alors un sablier qui s'écoulait inexorablement, me rappelant l'urgence de mon choix. Quelle sorte de dilemme étais-je donc confrontée ? Celui de choisir entre le sentier obscur et les voies célestes. Certes, tout un chacun aspire à une vie éternelle, mais nous souhaitons également ardemment obtenir des réponses à nos questions. Ainsi, en choisissant le chemin devin, je laisserais tout derrière moi pour une existence éternelle. En embrassant plutôt les ténèbres, je sacrifierais mon âme en échange de la connaissance. Mes yeux se posèrent sur l'ange Gabriel, dont le regard captivant m'attirait irrésistiblement vers lui. « Prends surtout la bonne décision, Ida » souffla-t-il d'une voix angélique et envoûtante. D'un autre côté, Astaroth était prêt à m'accompagner dans cette aventure pour découvrir le meurtrier qui m'avait ôté la vie. Que devais-je faire ? Embrasser courageusement les ténèbres afin de tout découvrir, ou bien la lumières et tout oublier à jamais?

Chapitre 3

QUI M’A TUÉE ? Le choix semblait simple. Mais en réalité, il était bien plus complexe qu'il n'y paraissait. De prime abord, beaucoup diraient sans hésiter qu'ils choisiraient le chemin de la lumière. En tant qu'être humain j'aurais probablement fait le même choix. Cependant, en tant qu'esprit tourmenté et divisé, la décision est bien plus difficile pour moi. L'idée de monter sur le dos de l'ange Gabriel et de m'envoler vers un paradis suspendu entre les cieux, où mon âme trouverait enfin la paix, me semble irrésistible. Mais comment pourrais-je trouver la paix en abandonnant mes bourreaux à leur sort impuni ? Les larmes de ma mère, ses souffrances incommensurables, ne trouveraient-elle pas un écho dans ma propre âme si je choisissais l'envol vers la lumière ? Je me replonge dans le passé douloureux de ma mère, dans l'histoire de sa vie marquée par l'oppression et violence. Agatha, surnommé Mama Agathe, était son prénom. À l'âge tendre de quinze ans, elle fut mariée de force à monsieur Tojo, un homme riche de son village, devenant ainsi sa treizième épouse. Elle vécut avec lui pendant cinq ans, supportant les maltraitances multiples infligées dans le cadre de ce mariage arrangé. Finalement, ne pouvant plus endurer ces souffrances, elle s'enfuit vers un village voisin, où en tant qu'allogène, elle n'avait pas de foyer fixe. Elle vagabondait d'un endroit à l'autre, effectuant de petits travaux pour survivre au jour le jour. La nuit venue, elle cherchait un abri de fortune où passer la nuit. C'était sa routine. Mama Agathe était une femme forte, ne se plaignant jamais de son sort et faisant avec les maigres ressources à sa disposition. Mais un soir, elle fut brutalement agressée et violée, prenant conscience que, en tant que femme errante, sa sécurité était précaire. Accablée, elle décida alors de retourner chez monsieur Tojo, qui lui infligea une correction dont les marques ne s'effacèrent jamais. Après un certain temps, il découvrit qu'elle était enceinte. Il porta plainte auprès du chef du village, l'accusant d'adultère, afin de forcer ses parents à restituer la dot et reprendre leur fille. Mama Agathe retourna chez ses parents, où elle me donna naissance prématurément suite aux pressions morales et physiques qu'elle subissait chez eux. C'est ainsi que ma mère accepta sans hésiter la proposition de mariage de monsieur Mukete, qui, malgré tout ce qu'elle avait traversé, trouva en elle une beauté indéniable. Après tout, elle était une jeune femme de la vingtaine, rayonnante comme une fleur qui venait d'éclore. Il accepta également son enfant comme le sien. C'est ainsi que monsieur Mukete devint mon père. Divorcé, il avait déjà quatre enfants, trois garçons et une fille. C'était un homme sévère, dont les rires étaient rares, mais je le considérais comme bon, car malgré les commérages du village, il avait accepté ma mère et moi. Il fut un père aimant, veillant à ce que nous ne manquions de rien. Nous avions l'essentiel. Bien sûr, il y avait une distinction entre ses enfants biologiques et moi, mais cela ne me dérangeait guère, car ma mère m'a toujours enseignée l'importance de trouver du positif en toutes chose, peu importe sa nature. Grâce à cette mentalité, j'ai réussie dans toutes activités que j'ai entreprise jusqu'à ma mort. J'ai toujours vu en mon père une figure paternelle que toutes femmes pouvaient supporter malgré sa nervosité, en plus, il ne levait pas main sur les femmes. Parfois, je me suis demandé pourquoi sa première épouse l'avait quitté. Je n'ai jamais eu le courage de lui poser la question, mais je me suis toujours interrogée sur les raisons qui ont poussé cette femme à partir, abandonnant ses enfants. Après avoir brillamment achevée mes études secondaires, mon père m'envoya en ville poursuivre mes études universitaires. J'obtins une licence en science économique dans une prestigieuse université de la ville, ce qui me permit de décrocher un emploi au sein d'une entreprise locale de renom. Je soutenais ma famille du mieux que je pouvais avec les maigres revenus que je percevais, d'autant plus que mes frères n'avaient pas poussé leurs études aussi loin et se trouvaient au chômage. Certains allaient jusqu'à accuser ma mère, injustement, d'avoir été mauvaise conseillère à mon père. Ils la blâmaient de m'avoir favorisée au détriment de ses beaux enfants. Toutefois, ces allégations étaient infondées. Chacun avait librement choisì sa voie. En outre, je m'étais interdit d'échouer, ayant fait serment de devenir une économiste émérite et de subvenir aux besoins de ma mère, veillant à ce qu'elle ne manque de rien. Mais comment ce rêve a-t-il pu se dissiper du jour au lendemain ? Que s'est-il passé ? Je brûle d'impatience à l'idée d'obtenir une réponse. Mon esprit est agité. Ma mère a toujours été seule depuis son enfance. Est-ce que cette solitude la poursuivra jusqu'à sa vieillesse et sa mort ? La certitude que mon assassin soit en liberté la ronge lentement. La seule manière d'apaiser cette douleur serait peut-être de découvrir l'individu qui a versé mon sang. Peut-être suis-je en train de me poser trop de questions. Pourquoi ne pas tout abandonner et laisser le destin divin décider ? Serait-ce de l'égoïsme de ma part ? Moi qui ai toujours vécu pour les autres. Le temps me manque pour réfléchir, il s'écoule sans cesse. Je lance un regard glacial vers l'ange Gabriel et m'approche de lui. - Si je vous suis, serez-vous en mesure de retrouver mon meurtrier et de venger ma mort ? Demandai-je d'une voix empreinte d'inquiétude. L'ange Gabriel me fixe intensément dans les yeux, puis pose délicatement sa main sur mon épaule gauche et déclare: «Le choix de l'homme n'est pas nécessairement celui de Dieu. Je ne peux te promettre quoi que ce soit. J'ai reçu l'ordre du Très-Haut de te ramener si tel est ton désir, car ta mission est terminée. Le reste ne dépend plus de toi ni de moi. Suis-moi, ton âme à besoin de repos, Dieu pourvoira ». Les paroles douces de l'ange Gabriel apaisent mon cour, mais ne dissipent pas mes craintes. Dieu pourrait choisir de ne pas châtier mon assassin, ce qui renforce mon inquiétude. Après tout, on dit qu'il est bon et qu'il est un Dieu qui prône le pardon. Ainsi, une simple repentance suffirait-elle pour que le coupable s'en tire indemne ? Malheureusement, ce n'est pas ce que je souhaite en cet instant précis. Je me rapproche ensuite d'Astaroth, qui m'observe attentivement. Je me sens plus à l'aise en sa présence. Après tout, je ne connais que l'ange Gabriel depuis peu de temps. Astaroth pose sa main sur ma joue, la caressant avec délicatesse, puis me fixe droit dans les yeux, son regard étant porteur d'une intensité et d'une séduction indéniables. Il prononce alors des mots brefs, mais extrêmement motivants : « Nous avons commencé quelque chose Ida, il est temps d'en finir ». Les paroles d'Astaroth étaient jadis très brèves, mais elles résonnaient puissamment en moi. «Pardonne-moi Seigneur », murmurai-je en adressant un dernier regard d'adieu à l'ange Gabriel. Je saisis fermement la main gauche d'Astaroth et lui dis d'une voix déterminée : « Allons-y ». Nous avançons sur quelques kilomètres, puis Astaroth esquisse un sourire diabolique, qui n'échappe pas à ma vigilance. Je me rends compte alors que mon choix n'est peut-être pas le bon. Mais c'est mon choix, c'est ce que je veux et désire ardemment. Astaroth sort sa trompette de son manteau et en souffle avec force comme tout à l'heure. L'immense dragon noir réapparaît et se pose à nos côtés. Nous montons sur son dos et envolons aussitôt. « Partons à la découverte de l'identité de mon meurtrier ». QUI M’A TUÉE? «Il arrivera un temps où je regretterai surement mon choix. Je suis l'une de ces personnes qui pensent que chaque mal doit être puni proportionnellement. Qui tue par l'épée mourra par l'épée» Le dragon d'Astaroth nous déposa dans un endroit qui m'était étrangement familier. Je pus constater la présence d'un soleil éclatant dont les rayons ne semblaient avoir aucun effet sur moi. Les oiseaux chantaient inlassablement, tandis que l'air frais pénétrait délicatement mes narines. Il ne faisait aucun doute que nous étions revenus sur terre, mais où exactement ? - Où sommes-nous Astaroth, demandai-je d'une voix empreinte de curiosité. - Là où tout a commencé. Répondit-il d'un ton mystérieux. Je scrutai avec attention chaque recoin de cet endroit. Cela ressemblait étrangement à mon ancien quartier, dans la ville. Comment le savais-je ? C'était un secteur densément peuplé, avec de vieilles maisons habitées, des déchets errant dans les rues et une fine couche de poussière qui flottait dans l'air. Je remarquai également plusieurs jeunes garçons se rassemblant pour jouer aux jeux de hasard dans une vieille hutte abandonnée. Et surtout, il y avait ce petit coin qui abritait le beignetariat de Ma’a Mofo, affectueusement appelé le « B-H-B » : Beignet- Haricot-Bouillie. Chaque matin, mes amis et moi faisions un arrêt incontournable chez Ma’a Mofo pour prendre notre petit-déjeuner avant de commencer la journée. Ma’a Mofo, une femme d'âge avancé qui semblait pourtant si jeune, était connue de tous les habitants du quartier, et même au-delà. Certains racontaient, en dégustant leurs plats, que leurs parents et leurs ancêtres avaient également savouré les délices du beignetariat de Ma'a Mofo. Bien sûr, on les prenait souvent pour des plaisantins, transportés par le goût divin des B-H-B qu'elle préparait avec tant de soin. Ma’a Mofo était réputée pour avoir les meilleurs B-H-B du quartier. Ses beignets étaient dorés à la perfection, ses haricots cuits avec une saveur exquise, et sa bouillie avait la consistance idéale pour rassasier nos estomacs pendant une décennie entière. Il suffisait d'avoir une modeste somme de cent cinquante francs CFA pour bénéficier d'un repas complet et satisfaire notre appétit. Elle ne faisait aucune distinction entre sa clientèle, même si certains avaient tenté d'ouvrir des établissements similaires après avoir constaté le succès de son affaire dans le quartier. Cependant, ces tentatives avaient toutes échoué, les prétendants réalisant rapidement qu'ils fonctionnaient à perte. Certains étaient même allés jusqu'à l'accuser de pratique satanique, prétendant qu'elle utilisait des charmes mystérieux dans ses plats pour attirer les clients. Bien que ces accusations infondées ne nous aient jamais vraiment préoccupés, un incident sombre marque notre esprit. L'un des détracteurs de Ma’a Mofo décéda de manière suspecte après avoir porté plainte contre elle pour sorcellerie. Cette situation sema le doute en moi, mais pas suffisamment pour m'empêcher de continuer à me régaler chez Ma’a Mofo. Je suis ravie de constater que mes souvenirs commencent à revenir lentement mais sûrement. Bientôt, je saurai certainement qui a mis fin à ma précieuse vie. Astaroth et moi décidâmes de faire un détour par le beignetariat de Ma’a Mofo, dans l'espoir que cela raviverait davantage ma mémoire. Nous franchimes la porte du beignetariat, et je ne fus pas surprise de constater le nombre de personne qui s'y trouvaient. Je remarquai également que l'établissement avait grandi, tant au niveau de sa structure que de sa clientèle. Ma'a Mofo avait même embauché du personnel pour faire face à une demande toujours croissante. J'eus envie de m'asseoir et de déguster un délicieux plat de B-H-B, comme dans mes souvenirs d'antan. Mes rêveries furent brusquement interrompues lorsque le regard furtif de Ma'a Mofo croisa le mien. Surprise, une légère anxiété m'envahit brièvement. Bien qu'elle feignit de ne rien remarquer, je savais pertinemment qu'elle m'avait vue malgré mes doutes persistants. Je détournai rapidement les yeux vers Astaroth. - Dis- moi, Astaroth, murmurai-je d'une voix fébrile. Cette femme peut-elle me voir ? J'ai eu l'impression que nos regards se sont croisés. Astaroth, affichant un air impassible, répondit d'une voix grave: - Oui. Une onde de surprise m'envahit. - Comment cela est-il possible ? Demandai-je stupéfait. Un sourire énigmatique se dessina sur le visage d'Astaroth, trahissant une connaissance profonde des mystères qui entouraient Ma'a Mofo. - Combien de fois as-tu mangée son repas ? Interrogea-t-il, sa voix enveloppé d'une aura de mystère. - À maintes reprises, innombrables sont les fois où j’ai savourée ses mets. Répondis-je, cherchant à évaluer l'ampleur de mes rencontres avec cette femme énigmatique. Un silence pesant s'installa, amplifiant l'atmosphère chargée de révélations imminentes. Astaroth rompit le silence avec solennité: - Cette femme a quitté ce monde depuis plus de deux siècles. Après sa mort, elle a conclu un pacte différent du tien, mais néanmoins semblable. Son désir ardent était de préserver la vie. Je fus saisie d'une stupeur mêlée de fascination. - « Quoi ?», m'écriai-je, incapable de dissimuler ma stupéfaction. D'une voix calme, Astaroth poursuivit son récit : - Plus vous mangez sa nourriture, plus longtemps elle vit. Ses plats sont élaborés à partir de menstrues, d'excréments, voire parfois même de sperme masculin. Leur dessein était de raccourcir la vie des consommateurs et de prolonger la sienne. Ainsi, ceux qui se nourrissaient de ces B-H-B étaient précipités vers leur mort inéluctable. Un silence chargé d'effroi s'installa, laissant mes pensées se précipiter dans un abîme de consternation. La réalité me frappait de plein fouet. Ma'a Mofo, cette figure maternelle que j'avais tant chérie, n'était pas seulement animée par la soif de richesse, mais poursuivait une quête d'immortalité dissimulée. Alors, à la lumière de mes innombrables festins chez elle, matin et soir lors de mes périples quotidiens, était-ce elle la responsable de ma mort imminente ? Ma'a Mofo, celle que j'avais considérée comme une mère, était-elle celle qui avait scellé mon destin funeste ? Perdu dans mes pensées tourmentées, je remarquai Ma’a Mofo s'éclipser discrètement de son établissement. D'un signe de tête, Astaroth m'invita à la suivre. Une fois à l'extérieur, nous découvrîmes qu'elle cherchait à s'enfuir. Astaroth dégaina son trident avec une rapidité foudroyante, le pointant dangereusement vers sa gorge, l'immobilisant avec une autorité glaçante. Il était clair qu'elle connaissait Astaroth et qu'elle était pleinement consciente que la pointe acérée de ce trident mettrait un terme à sa précieuse vie qu'elle chérissait et protégeait à tout prix. « Que me voulez-vous ? Que me voulez-vous ? », Criait elle d'une voix tremblante, cherchant désespérément à comprendre notre présence menaçante. Dans un mélange de colère et de désarroi, je me tournai vers elle, mes yeux emplis de douleur et d'interrogations. « Pourquoi, Ma'a Mofo ? Questionnai-je d'une voix brisée. Pourquoi as-tu fait cela ? Pourquoi m'as-tu ôté la vie ? ».

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